«

»

Jan
11

Foire 2010 : Maintenir coûte que coûte !

Quoi qu’on en dise la foire de Mars à Troyes est un évènement ancré dans la tête de toutes les troyennes et de tous les troyens. Il suffit pour s’en convaincre de demander aux enfants de primaire ce qu’ils comptent faire aux premiers mercredis de mars. Il suffit d’entendre les élèves de collège se livrer à des débats convaincus sur le manège qui fait le plus peur, celui qui va le plus vite, celui qui est le plus drôle, etc. Les ados s’organisent pour descendre en bande arpenter les travées de la foire. Les familles sortent profiter des plats et des confiseries, des machines et des petites attractions pour donner à leurs enfants la chance de partager, disons le, une forme d’expérience de la fête foraine.

Certains sont réfractaires à l’idée des foires. Nous pourrions disserter des prix des manèges qui ont certainement connu une augmentation avec le passage à l’euro. Nous pourrions évoquer l’idée incongrue qu’avaient certaines écoles à distribuer des coupons de réductions à leurs élèves pour aller aux foires, oubliant au passage le principe de neutralité commerciale. Nous pourrions nous poser des œillères et ne voir dans ce mouvement de protestation la simple marque de l’intérêt commerçant des forains largement entamé par cette décision. Nous pourrions avec beaucoup de condescendance balayer ces revendications d’un revers de main au motif de la prétendue futilité de cette fête. Nous le pourrions mais nous ne le ferons pas.

Les foires c’est bien plus que cela. Il est impossible de nier l’incroyable attraction qu’ont les manèges dans nos imaginaires. Les lumières et les couleurs, les odeurs et les lampions, les cris et les rires, les miroirs, les musiques,  les pièces, les jouets rangés, les peluches pendues : c’est une enclave de rêve pour les enfants qui s’ouvre en centre ville tous les ans. Pour tous, c’est une brèche de vie dans la pierre froide de Troyes. Combien n’y vont que pour le plaisir d’errer, de regarder et de manger une pomme d’amour ? J’y ai appris les bases du budget et du choix : trois tours de telle attraction ou six de telle autre ! Mais pas plus ! Y mettre un terme c’est arracher une portion de notre droit à s’amuser dans une ville qui devient chaque jour plus triste.

Pourtant ne nions pas que le problème reste complexe : il y a un site réduit par l’implantation de l’hôtel de police et par le réaménagement du parc des expositions. De fait, la surface utile aux forains devient limitée et mal adaptée. Derrière l’annulation de dernière minute pour des raisons de sécurité se cache la mauvaise foi du Maire qui avait manifestement programmé le déménagement des foires ailleurs que sur l’esplanade Delestraint. Les mêmes problèmes de sécurité existaient l’année passée sans empêcher plusieurs dizaines de milliers de personnes à fréquenter les travées de la foire. Quid du projet immobilier dont personne ne sait rien mais qui pourrait atterrir à côté du nouveau commissariat ? Il y a sur ce site une association de riverain qui fait part tous les ans des nuisances sonores entrainées par la présence des métiers. Il s’agit d’entendre aussi ces remarques. Mais un centre ville vivant signifie aussi une part de troubles structurels qu’il importe de limiter que l’on ne peut supprimer (fête de la musique, soir de foot, fête nationale, ville en musique, etc.) et qui invite à la tolérance.

La Mairie propose comme projet alternatif l’installation sur le site des anciennes TEO, site vaste mais qui souffre de deux handicaps majeurs. D’abord c’est un site dont les expertises ont montré une pollution des sols importante qui devra être prise en charge (comprenez dépollué) par la Ville elle-même. Cette procédure mettra au moins deux ans et nécessitera d’installer des équipements électriques pour accueillir les métiers des forains. Voilà rapidement balayé le problème du coût qui concernerait la mise à niveau des installations électriques sur Delestraint. Ensuite, c’est une zone située bien loin du cœur de la ville qui interroge quant à son utilisation en dehors du temps des foires. Oui, n’oublions pas que quand les foires ne sont pas là, nous bénéficions d’un des deux seuls parking gratuits aux portes de l’hypercentre à Troyes !

Cerise sur le gâteau, le Maire François Baroin envisage non seulement l’expatriation des foires sur TEO mais aussi l’annulation des foires pour au moins deux années. De là à dire qu’il compte permettre ni plus ni moins que la disparition des foires de mars à Troyes, il y a un pas que mon expérience de la municipalité Baroin m’incite à franchir ! Ceci est d’autant plus vrai que la municipalité par l’entremise de Jacky Morin, adjoint à la sécurité, avait jusqu’alors permis le maintien d’un compromis avec les forains : moins de métiers, meilleure organisation des emplacements, adaptation des implantations, départ des camions et des caravanes d’habitation en dehors de la Ville, etc. Le ci-devant Maire-Adjoint avait promis devant témoins le maintien de la foire en centre ville. Mais c’était sans compter sur le pouvoir de majesté de Monsieur le Maire…

L’alternative ? C’est évidemment et d’abord le maintien de la foire ! Je ne suis pas aménageur mais n’oublions pas que fut un temps, les foires se tenaient sur les grands boulevards. Delestraint, le boulevard des Viennes, le boulevard du 1er RAM et le boulevard Victor Hugo (avec son parking ?) offrent des possibilités d’installations qu’il est peut être utile de prendre sérieusement en considération. Concernant le problème de sécurité, il apparaît que d’autres villes, en accord avec les forains, utilisent des installations électriques temporaires et sécurisées. Pourquoi pas chez nous ? Tous ces éléments doivent venir alimenter les réflexions du Maire avant que la gronde ne soit plus forte. De ce point de vue, peut-être pourrions nous souffler à l’oreille du maire que, en quelque sorte, l’alternative serait d’écouter véritablement les troyennes et les troyens. Maintenir coûte que coûte pour 2010 et ouvrir dès maintenant les conditions optimales du dialogue pour les installations futures, voilà ce qu’il faut entreprendre.

En choisissant l’annulation totale des foires, la majorité UMP et François Baroin commettent une erreur importante qui vient s’ajouter au cortège des couacs (vente de Menois, aménagement de la Bourse du travail, les abords de la gare, l’idée farfelue du canal de l’avenue Chomedey, voirie en piteux état, dent creuse rue De Gaulle, etc.) et les faiblesses (augmentation des tarifs généralisée, avenir en danger pour Lamoura, cantines scolaires, politique environnementale, etc). Le centre-ville est certes joli mais il peine à masquer l’accumulation des faux-pas de la majorité en place !

 

dimsyd

Dimitri SYDOR,

Conseiller Municipal de Troyes

Opposition de Gauche.

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>